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La leçon des lucioles

Photo du rédacteur: Vtunes
Vtunes
il y a 2 jours
2 min de lecture

Heureux ceux qui, du moins avant de s'éteindre, auront donné leur plein éclat!

Gabrielle Roy, CET ÉTÉ QUI CHANTAIT.


À chaque fois que je termine la lecture d'un livre, j'ai un sentiment mitigé. D'un côté, la satisfaction d'avoir mené à terme un projet et servi de récipiendaire à un message que l'auteur souhaitait transmettre.


De l'autre, un sentiment de deuil. La réalisation qu'une relation qui s'était développée au fil du temps vient de prendre fin. Qu'une douce routine vient de s'arrêter abruptement.


C'est ce qui m'amène parfois à laisser traîner les livres achevés un certain temps un peu partout dans la maison. Jusqu'à ce que la situation devienne intenable!


Je fais la même chose avec certains souvenirs, qui occupent une place de choix dans mon esprit, mais qui nécessitent eux aussi un ménage de temps à autre, question de faire émerger d'autres fragments d'intangible.


La phrase de Gabrielle Roy me fait beaucoup réfléchir. En effet, comment peut-on être certain d'avoir donné son plein éclat? À quel moment se produit cette révélation? Et que faire ensuite?


Est-ce lorsque, à la manière d'Amélie Poulain, on répand le bien à gauche et à droite? Ou lorsque, face aux forces du mal, on s'indigne et exprime son désarroi?


Serait-ce lorsqu'on pratique son art? Ou lorsque l'on croque simplement dans le quotidien à la manière carpe diem?


Peut-on briller seulement aux yeux des autres? Ou bien est-il possible de développer un lustre dans le plus grand secret de son for intérieur?


Est-ce que donner son 110 %, à la manière des sportifs, revient à donner son plein éclat? Est-il question d'efforts ou de résultats? Est-ce le parcours ou la destination?


Gabrielle Roy n'a pas laissé de mode d'emploi. Néanmoins, ses écrits me laissent avec la forte impression qu'elle aura effectivement donné le sien (son plein éclat).


Grâce à elle, j'ai pu étirer mon séjour dans Charlevoix, renouer avec sa flore, sa faune et ses marées, dans un style magnifique qui rappelle Pessoa.


J'ai pu faire le pont entre les Açores et ma région fétiche, entre le présent et le passé. M'imaginer près d'un levada en parcourant un banal sentier, entendre le fado dans le vent du fleuve, confondre l'île aux coudres avec l'île de Santa Maria, Baie-Saint-Paul avec Funchal.


Donner son plein éclat, il n'y a pas d'erreur, c'est une belle mission. En captant le message des lucioles, on illumine son propre parcours, et celui des autres.


Que cet été qui chante puisse se poursuivre le plus longtemps possible. Je vous souhaite de profiter au maximum de son éclat, d'être heureux et de vous rendre à l'automne en flânant en chemin.



 
 
 

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