Les secrets du train

Ce que je m'apprête à vous dire, je ne le dirai à personne d'autre. Je préfère le train à l'avion.
C'est la seule manière que je peux admirer les arbres entre Montréal et Toronto. Il y en a tellement.
Chacun a le don de m'émerveiller et de me plonger dans la contemplation la plus sublime.
Qu'il est beau le Canada entre Montréal et Toronto lorsque l'on profite au maximum de la suite ininterrompue de canopées!
Dans le train, je pense à toi. Pardon, à vous. C'est que vous avez tous un petit quelque chose de spécial pour moi.
Un peu en haut des canopées, j'ai vu la lune. Elle veille sur les canopées. Bientôt, je ne verrai que la lune.
J'ai envoyé mes poésies politiques à La Presse. Ils veulent des textes en prose. Que c'est morose.
À Brockville, l'idée m'est venue de descendre du train. J'ai l'impression que cette ville cache un charme insoupçonné.
Au départ de Montréal, deux clients se sont un peu disputés. Vous savez, quand vous sentez une pression dans votre dossier?
J'ai tout vu. J'étais comme un ange dans Les Ailes du désir de Wenders. J'aurais voulu intervenir mais quelque chose m'en empêchait.
Il y a toujours un arrêt à Kingston. Dans l'avion entre Montréal et Toronto, il n'y a pas d'arrêt.
À cette heure, tous les arbres semblent pareils. Ce ne sont pas des arbres. Ce sont des ombres. Et les chats sont gris.
Est-ce possible après avoir lu un livre de ne plus pouvoir en lire d'autres? C'est arrivé à quelqu'un.
En tout cas, c'est difficile d'arrêter d'écrire. C'est comme si le train s'arrêtait. Le train s'arrête.
De nouveaux passagers. Avec le train, il faut en prendre et en laisser. Et montrer sa carte d'embarquement trop souvent. J'aurais dû sortir à Brockville.
Le wifi est chancelant et j'ai peur qu'il n'y ait plus de suite dans mes idées.
Je ne voulais pas faire ce voyage. Le livre, c'est Océan mer de Baricco.
Quand je l'aurai terminé, je risque de ne plus pouvoir lire. En attendant, je le dévore avec intérêt.
Je commence à imaginer la page blanche. Après Barrico, je ne pourrai plus écrire.
On relira Les rochers de Porto Moniz en m'accusant de plagiat. Mon périple sur la mer ne sera qu'un mauvais souvenir.
Je vous le jure. Je n'ai jamais utilisé l'intelligence artificielle. Me reconnaissez-vous?
C'est moi, dans le train, juste à côté. Et le bruit effréné du clavier vous dérange.






Commentaires